HuGo MoToR    Mes participations à des expositions collectives  Recto Verso Exhibition at the Forum Le Blanc-Mesnil France 2008  

HuGo MoToR Mon installation Black and white construed 2008 Exposition Recto Verso 2008 © ADAGP Paris 2008


 

HuGo MoToR Black and white construed 2008 © ADAGP Paris 2008
HuGo MoToR Noir et blanc interprété 2008 © ADAGP Paris 2008
Les deux côtés du mur. Mon travail d’artiste plasticien pour l’exposition Recto Verso.

Exposition RECTO VERSO


Une invitation du Forum/Scène conventionné de Blanc Mesnil. Curator : Eric Joly.
Avec le concours de : Holcim France s.a.s., Monsieur Gérard de Cussac, Le Forum/Scène conventionnée de Blanc Mesnil, Kerneos, Société O.M.G.


RECTO

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photo ham

HuGo MoToR
En face de moi, 2008. nuit
Il y a le réel, le sang qui coule dans mes veines, le travail à fournir.
Au premier plan à gauche : Mur où je viens pour inscrire mon esprit et mon nom.
Moulage de 7.812 petits personnages dans 42 plaques béton. Courtesy Le fonds d’A&LE
Ciment issu de la bauxite Ternal White®, Sable de calcaire clair, Fibres organiques. 170 x 360cm
Au centre : Bloc de béton écoresponsable, à sculpter par les visiteurs de l’exposition, sur table de sculpteur.
Bois, Clous et visses.
Ciment issu de laitier de haut fourneau Cemroc®, Sable de marbre. 102cm x 66 x 66. Avec le concours de Kerneos, de Holcim, de O.M.G et du Forum / Scène conventionné de Blanc Mesnil.
©ADAGP



VERSO

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photo ham

HuGo MoToR
Au fond de moi, 2008. jour
Il y a le rêve, l’esprit qui danse, les mots épars.
Au premier plan : Trois protéiformes humaines.
Aluminium, Mousse synthétique. H : 2,4 m maximale.
Au deuxième plan : Début du texte de François Roustang Adieu la vérité sur panneau mobile blanc.
Peinture blanche, Crayon. 250 x 400cm.
©ADAGP

Merci Monsieur Roustang.


Adieu la vérité de François Roustang
Paru dans : Nouvelle Revue de Psychanalyse. Résurgences et dérivés de la mystique. Automne 1980.
Publié en avril 2000 dans : Comment faire rire un paranoïaque ? Poches Odile Jacob.

Adieu la vérité

Ils ont vu, et leur regard, définitivement, a été modifié. Le cours de leur vie, fleuve sortant de son lit sous la violence d’un séisme, ne retrouvera plus les vallées d’autrefois. Un instant qui courbe l’histoire. Jamais plus. Désormais. La nouveauté. Le radicalement autre. Éblouissement d’un soleil insupportable ou bien vertige au bord d’un abîme, Dieu, la mort. Brusquerie d’un commencement qui réduit le passé à l’inconsistance d’un tas de broutilles. Les traits épars de l’avenir prennent leur place, limaille sous l’effet d’un formidable aimant. Une route qui redresse les courbes et les détours, des échos se répondent parmi les accidents et les monstres, une harmonie des aspérités. Le sens parcourt la diversité naguère insignifiante. Pascal : joie, pleurs de joie, et plus tard, tout accepté jusqu’à l’eau bénite. Maître Eckhart créant le monde, pas seulement avec Dieu, mais ainsi que Dieu lui-même. Jean de la Croix : miens sont les cieux, mienne la terre. Plus rien qui échappe, plus rien au-dehors, plus rien d’étranger ou d’étrange. Les asperges trouvées sur le chemin à l’automne, les murs infiniment lointains de la prison, la foule qui se presse dans les solitudes.

Et s’il s’agissait plutôt de s’amuser sur les bords, sur les crêtes, sur les confins, sur les rebords pour dire que peut-être il y va de l’autre côté, ou de l’autre versant, ou de l’autre rive, ou de la vue prise, attrapée juste après le tournant, ou juste avant lui parce qu’on s’est retourné, que l’on a jeté un clin d’œil au-dessus de son épaule, un paysage qui ne se reverra plus ; les occasions sont si nombreuses, un temps, un instant sans doute, pas même pour se souvenir, pour le garder et l’empaqueter, pas non plus pour faire sa petite provision d’images, de sens, de beautés et de tristesses, comme s’il fallait prévenir la soif d’un autre jour, plutôt pour l’envoyer par-dessus sa tête, pour le balancer comme un noyau de pêche, quand on est fatigué de le croquer ou de le sucer, parce qu’on n’a plus envie de s’y faire les dents. Pourquoi serait-ce une expérience fondamentale, une expérience décisive, un sommet atteint, une grande première, une sans seconde, sans autre, unique, et pourquoi pas la plus furtive, celle qui ne se reproduira pas, parce que jamais la lumière ne sera tout à fait la même, parce qu’il y avait ce jour-là un nuage qui voilait le soleil de ce côté, un certain vert qui ne sera plus coloré ainsi au pied de la falaise, ou un certain mauve du rocher parce que la neige était encore proche.

C’est tous les jours que les moments ne se retrouveront plus. Ce regard de peine ou cette bouche de malice ou cet amour qui embrasse tout le corps dans la pénombre et qui élargit la place pour le fondre et s’y fondre, puis les contours qui résistent et qui réveillent. Où avez-vous vu le définitif et le plus jamais, sinon celui qui dévorerait de son feu les multiples visages et les multiples faces ? Il n’y a de décision que celle reprise à chaque aurore pour la déposer à la nuit. Ce n’est même pas que tout passe, comme si l’on pouvait adopter un point qui mépriserait la fuite, un point à la vue tournante plus rapide que la lumière. Un point fixe en somme, c’est cela que vous cherchez, que vous voulez agripper pour vous y installer, même si c’est inconfortable. Dans le mouvement, la chute et l’échec, réussir à ne pas bouger, puisque le centre est partout. Ou bien vous cherchez des rythmes et des nombres, vous voulez pouvoir compter, et surtout ce qui vous intéresse, ce que vous désirez avec obstination, c’est pouvoir recompter, toujours et encore le même nombre, le même calcul connu par cœur. Cœur envahi d’amour, dites-vous, mais comment, puisque vous n’êtes pas amoureux aujourd’hui, sans lendemain, puisque vous n’acceptez pas de vous perdre dans ce qui se passe, puisque, au lieu de conter ce qui coule moment après moment, vous répétez l’unique, la vision, l’hyperclarté qui doit suffire, le Sinaï de feux et de paroles, inusables, toujours à tourner et retourner, un brillant qui raye chaque chose sans jamais se rayer lui-même. C’est cela dont vous rêvez, que vous dites tenir dans vos mains : enfin, qu’il y ait un enfin qui soit un commencement absolu.

Ils disent qu’ils ont un message à transmettre et qu’il faut se préparer à le recevoir. Jamais assez purs pour entrer dans leur vision, la partager, faire le même chemin, passer par les mêmes voies escarpées. Ils veulent faire de tous des mêmes, parce que leur vision est pour tous. Se faire happer par leur inspiration, se laisser pousser par le souffle venu des lointains, être pris par le courant, comme eux, avec eux, ne pas résister à ces forces. Vers le haut. Plus solitaire est leur expérience, et plus innombrables leurs disciples. Saint Bernard traversant des bourgs, et les hommes se pressent pour le suivre sans savoir où ils vont, ce qui pourra leur advenir, subjugués par la voix, torrent de séduction qui coule depuis l’éternité où se mêlent la neige et le soleil. Dix pieds de glace sur cent pieds de lave. L’infini plaisir de croire en celui qui a vu, dont la certitude est sans faille, qui ne laisse pas le moindre espace, le plus petit interstice, le moindre défaut où puisse s’introduire quelque doute. Plus de vacillement, nulle flamme qui hésite, nul son qui vienne troubler l’harmonie. La perfection. Comment ne pas se laisser emporter ? C’est la négation même dont ils sont venus à bout, s’installant pour toujours dans le rien du monde, habitant le vide pour l’acclimater et pour qu’il ne revienne pas ébranler à l’improviste les murailles de la ville reconstruite. L’abîme comblé par leur soin, la foule peut en parcourir les chemins.

Qu’est-il possible d’opposer ? À l’inobjectable on n’oppose rien. D’ailleurs comment opposer sans certitude, et la seule qui se puisse être est qu’il n’y en a pas d’assez forte, à moins de s’entraîner à ne plus rien sentir, voir, toucher, à faire taire toutes les questions, parce que l’espace et le temps sont abolis. J’ai entendu le vacarme d’un village africain, bruit nécessaire, la nuit durant, pour faire réapparaître la lune éclipsée, nécessaire pour soutenir l’angoisse de sa disparition. Elle est revenue éclairant d’européens sourires. Vous qui avez fait des nuits le jour, vous rejoignez les calculateurs qui ont voulu effacer l’insupportable incertitude du retour de la lumière, dont les pleurs inconsolables de l’enfant au crépuscule sont pour nous la dernière trace. Si je ne suis pas assuré que le soleil se lèvera encore, que tu m’aimeras demain, sans doute est-ce que je ne puis accepter que cet amour prenne les traits d’un chien fidèle, mais c’est surtout que je veux être prêt à l’étonnement si jamais demain cet amour commence. Pour un jour encore, pas pour toujours, pas à jamais. Ce ne serait là que les mots de la stérilité et de la mort.

Si je décide, c’est pour la forêt. Je ne peux plus laisser la futaie proliférer à sa guise, son exubérance risque bientôt de devenir ma prison. Mais pourquoi préférer le chêne au sycomore, le feuillu au résineux, car tout peut pousser sur ma terre ? Sur quoi miser et pourquoi serait-ce à vingt ans et non pas à cinquante ? Tous les choix sont bons et mauvais C’est selon. Excellents aujourd’hui, mais peut-être désastreux plus tard, ou insipides maintenant, précieux par la suite. Comment savoir ? Petites décisions, limitées, infimes, et cependant audacieuses parce qu’elles engagent des générations ; critiquables, car elles ne sont corrigibles qu’à long terme. Je ne vois que peu loin et de proche en proche, l’épaisseur et l’obscurité peuvent reprendre. La clairière n’est que d’un instant, même si j’y place déjà mon avenir et ma mort. Choix imperceptibles au regard de la grande forêt qui fixe le sol et régit les eaux. Choix graves, de toute façon, parce qu’ils pèseront dans leurs conséquences. Légère inflexion sur le cours du temps des arbres. Résistance imperturbable de ces cercles concentriques qui marquent la suite des années. Il n’y a que du partiel, du relatif, du régional ; il n’y a qu’un court savoir circonscrit.

Monstres que vous êtes avec vos ouragans absolus. Cavaliers ravageurs qui avez fait de la grande forêt castillane la terrible Meseta. Terre à blé sans doute, mais infiniment monotone. Vous étiez croyants, mystique, mathématiciens, splendides recréateurs du calcul après des siècles de barbarie et de ténèbres, mais quel désastre tout de même ! Vous l’avez eu votre soleil, la lumière définitive, irrémédiable, sans espoir d’une ombre, qui ronge et dévore tout ce qu’elle touche. Je préfère la douce clarté des Abruzzes au printemps, celle qui rend païen à jamais, qui ne violente aucune chose, qui filtre assez pour donner l’illusion qu’elle vient d’en bas, du sol même qu’elle réveille doucement. Je déteste la brusquerie de vos évidences, vos buts toujours impatients, votre perpétuelle étourderie, car vous êtes perpétuellement ailleurs. Vous ne vous soutenez que de l’ignorance de la complexité qui vous entoure et des réductions par lesquelles vous contraignez.

Vous savez bien que tout discours est incertain et que l’on ne sait jamais d’où et quand viendra la révélation de cette incertitude, c’est pourquoi vous avez voulu dès l’abord prendre en compte l’incertitude radicale, de telle sorte que plus rien par la suite ne puisse vous étonner. Quand on fait sa terre de l’abîme et du néant, de l’absence ou du vide, la multitude de nouvelles apparences ne saurait troubler. Chaque phrase est pour vous du feu qui déchire le ciel et s’inscrit à jamais. Et si c’était le long chemin du fleuve, imposé par des dénivellations, les failles, les butées. Il s’étend grâce aux ramifications opposées de ses affluents, il est contraint de creuser son lit, de descendre toujours davantage, il s’enfonce, forcé par les obstacles, par ce qui lui résiste, par ce qui l’oblige à se détourner, parfois à s’oublier en infinis méandres pour trouver le meilleur angle d’attaque. Mais le succès de son dire demeure provisoire. Il ne s’affirme que ce jour, en ce lieu, et ne sait rien de la rencontre qui viendra s’opposer à lui demain. II ne sait rien par avance, il n’a pas de solution tous azimuts, il n’est pas croyant une fois pour toutes, et en chaque point de la même façon. Ici la glaise à imprégner et le sable où se perdre, là effeuiller le schiste et contourner le granit. Chaque liaison de mots, pour tenir, doit se charger de la plus extrême patience, autrement, sous la poussée des contradictions qu’elle recèle, elle se briserait et ne serait plus que des morceaux épars.

Triomphe des petites choses, impossibilité de proposer des valeurs définitives, incapacité de lever le cou plus haut que la tête, fin des prétentions, cheminement lent des sabots sillon après sillon. Nul temps que l’on puisse réduire, allonger ou abolir. L’énoncé le moins lapidaire. Parcourir. La faim, l’envie, la passion, l’amour, les forces qui viennent d’en bas. Nulle croyance générale, quelques expériences fortuites, des rêves entretenus comme rêves parce que c’est mon plaisir, et autant de cauchemars qui suscitent le besoin de se battre. Sortir de la prison et des pièges, venir à bout du filet qui me recouvre, heure par heure, jour après jour.

Votre édifice est sans autre fondement que la cécité engendrée par la trop grande clarté du rien. Vous chantez l’extrémité et l’absence, et que tout est cendre et déchet. Vous adorez l’horreur qui vous fascine et vous recouvrez tout cela du grand mot de vérité. Ainsi vous liez les mains et les têtes, vous n’avez de cesse qu’ils s’autodétruisent dans la passion du mépris, de l’abandon, de l’infinie négligence de toutes les formes de vie. Plus loin, plus large, plus profond et plus vaste doit aller le désert, la brûlure consumante de toutes choses. Au-delà, au-delà ; que chaque forme se réduise au brouillard qui s’évanouit, à un nuage éloigné par le vent. Vous dites : clarté, transparence, éclat. Mais vous ne vous rendez pas compte que vous épaississez les ténèbres tout autour de vous, que votre lumière n’est qu’une victoire à la Pyrrhus, qu’elle est seulement le refus aveugle de considérer la nuit alentour, celle qui serait capable de reposer vos yeux et de leur faire découvrir, d’abord dans la pénombre, tant de figures ignorées.

Vous ne connaissez que ce que vous pouvez broyer entre vos mains, jamais ce qu’il faut doucement approcher, effleurer, caresser, reconnaître main à main, doigt à doigt, point par point. Vous abolissez sans même le savoir toute possibilité de découverte, d’invention, de renouvellement. Tout est donné pour vous, puisque déjà tout est détruit. II n’y a plus rien qui pousse et qui serait susceptible de renverser votre vérité sinistre, votre désabusement devenu le principe premier de l’univers. Ceux qui ne se laissent pas séduire par votre terre dévastée, qui ne se précipitent pas dans l’incendie que vous avez allumé, qui ne marchent pas enthousiastes, inspirés, ravis, vers le cimetière grandiose que vous leur offrez, vous les traitez de pleutres et de divertis, de gens qui ne savent rien de la flamme et de l’eau, parce qu’ils ne se préparent pas dans l’allégresse à être consumés ou engloutis. Nous n’avons pas la prétention d’avoir atteint la lumière, peut-être même aucune lumière, car il nous arrive de voir la nuit et le jour échanger leurs qualités, et se donner l’une pour l’autre. La sottise d’hier est l’intelligence d’aujourd’hui, et rien ne fertilise le sol comme les déchets. Avec votre éclatante pureté vous êtes les précurseurs ou les derniers soutiens d’une civilisation que hante le besoin de propreté, qui fait de l’exclusion, de la partition, de la ségrégation l’indispensable moyen de survie. Nous aimons le mélange des idées, des genres, des races. Le bien est aussi du côté du mal, la vulgarité source de beauté, le plus commun capable de l’unique. La certitude d’être aveugle et de ne même pas savoir en quoi et comment rend nécessaire la recherche et oblige à l’invention.

Construction incertaine dans l’obscurité, hypothèse fragile cernée par l’ignorance, dentelle pour fixer la boue, nous n’avons aucune peine à accepter que la vérité ressemble à une adéquation provisoire que l’on se donne, un prisme qui modifie assez le réel pour le rendre conforme à nos désirs et nous permettre de nous y reposer un instant avant de laisser à nouveau le reste, l’exclu, l’abandonné nous investir et nous contraindre à d’autres découvertes. Et si notre image se trouble sous l’effet de l’ouverture de notre bêtise, et qu’il faille laisser venir autre chose qui nous effraie d’abord, nous admettons que ce ne soit pas plus à la fin que pour assurer une nouvelle image et rendre plus ferme le narcisse que nous resterons. Pourquoi voulez-vous déchirer les vêtements qui nous protègent, arracher les cils qui tamisent votre lumière et réduire à néant nos constructions imaginaires ? Elles nous rendent sensibles aux nuances des tons, aux gammes des camaïeux, à l’infinie variation des intensités. Il n’y a que des vérités multiples, passagères, remplies de mensonges qui nous plaisent aujourd’hui et qui se dissiperont peut-être demain parce que la terre aura tourné.

Laissez-nous un espace pour rire et danser, laissez-nous gambader n’importe où et nous perdre, trébucher sur un tronc coupé et tomber notre long, nous tromper, pas une fois, mais dix, mais cent, refaire les mêmes erreurs, sans profit, sans regret, parce que les illusions nous amusent. Tout ce que nous connaissons n’est qu’un crachat sur la mer. L’énorme masse liquide nous entoure et nous fait faire ce que nous ne voudrions pas, à notre insu. Ou bien c’est la même machine secrète, qui se présente à nous sous des visages toujours inattendus et qui nous manœuvre pour nous faire trouver tôt ou tard les mêmes ornières. On peut en pleurer de rage, si l’on s’obstine à vouloir jouer au maître qui domine, au voyant aveugle qui surplombe l’univers et ses remous, on peut aussi en rire et sauter çà et là comme sur les pierres d’un torrent que l’on traverse et ne pas trop s’émouvoir de glisser encore une fois. À quoi bon surimposer un sens et un but, comme s’il n’y en avait pas une multitude et qui changent, mais que nous ne connaissons que parce que nous nous persuadons de les connaître. Pas plus que les fleuves qui vont pourtant quelque part, nous ne soupçonnons ce qui adviendra, et ce peut être la plus grande banalité, le plus commun oubli. Rire de nos certitudes, rire de nos croyances, de nos amours et plus encore de nos haines les mieux chevillées.

Il n’y a rien qui ne puisse devenir autre ou moindre, ou qui ne sache disparaître sans même un signe. Rien n’est plus durable que les odeurs furtives qui montent de la terre, celle de l’herbe coupée, celle de la pluie qui s’achève, celle des feuilles froissées dans les mains, celles qui s’entrecroisent dans les chemins où l’on court.

François Roustang


Paru dans : Nouvelle Revue de Psychanalyse. Résurgences et dérivés de la mystique. Automne 1980.
Publié en avril 2000 dans : Comment faire rire un paranoïaque ? Poches Odile Jacob. ISBN : 2-7381-0818-0


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